Visite de Hauteville House à Guernesey

photo Jean-Chirstophe Godet

Pour l’organisation de votre visite de Hauteville House, consultez la page Informations pratiques

Le 7 avril 2019, Hauteville House, la maison de Victor Hugo à Guernesey, a ouvert ses portes au public après dix-huit mois de travaux nécessaires à la sauvegarde de ce lieu chargé de la mémoire d’une vie littéraire, artistique et politique hors du commun.
Cette rénovation de grande ampleur a été réalisée grâce au mécénat exclusif de Pinault Collection et à la Ville de Paris. Son ambition était double : mener à la fois des travaux assurant la sauvegarde de la maison en même temps que des restaurations destinées à retrouver l’aspect visuel d’origine de la maison et de ses décors tels qu’ils ont été conçus et réalisés par Victor Hugo lui-même.
Hauteville House sur l’île de Guernesey est une propriété de la Ville de Paris, gérée par Paris Musées, qui conserve également l’autre demeure emblématique de Victor Hugo, place des Vosges à Paris. Hauteville House accueille chaque année plus de 20 000 visiteurs d’avril à septembre.
 

Historique
Située sur les hauteurs de St. Peter Port, Hauteville House a abrité Victor Hugo et sa famille en exil pendant près de 15 ans, de 1856 à 1870. Ces années déterminantes ont largement contribué à forger la figure politique de Victor Hugo et à renforcer l’image de l’écrivain républicain et engagé, opposant farouche au Second Empire. Hauteville House offre ainsi un témoignage rare de l’engagement et de l’oeuvre du poète, qui, en plus d’y rédiger les grands chefs-d’oeuvre de la deuxième partie de sa carrière, a lui-même mis en scène l’espace et redessiné l’architecture de la demeure. Hugo exprime ainsi une esthétique extrêmement moderne, faite de contrastes et d’inventions, témoignant de sa grande liberté artistique.
Unique demeure qui ait appartenu à Victor Hugo (ses logements parisiens étaient loués par l’écrivain), Hauteville House fut donnée en 1927 à la Ville de Paris par ses descendants : Jeanne, sa petite-fille, Jean, Marguerite et François, les enfants de son petit-fils Georges, disparu en 1925. Elle constitue avec l’hôtel de Rohan-Guéménée situé place des Vosges à Paris, le seul musée qui offre un ensemble exceptionnel du patrimoine littéraire et artistique.

Hauteville House, la maison-œuvre de Victor Hugo.

Banni de France suite au coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte du 2 décembre 1851, il est également chassé de Belgique en 1852 et de Jersey en 1855. Il s’installe alors à Guernesey où il acquiert Hauteville House en 1856, grâce au produit de la vente du recueil, Les Contemplations. Restée propriété familiale jusqu’en 1927, Hauteville House est offerte en donation à la Ville de Paris, à l’occasion du centenaire du Romantisme, par Jeanne Nègreponte, la petite-fille de Victor Hugo, et les enfants de Georges Hugo, son petit-fils.
La demeure, bâtie sur 5 niveaux surmontés d’un belvédère, domine la vieille ville de Saint Peter Port et la baie de Havelet. Entièrement aménagée et décorée par le poète, tout y témoigne du génie créatif de l'exilé. « Autographe à trois étages, un poème en plusieurs chambres », selon Charles Hugo, œuvre à part entière, la maison immerge le visiteur dans une atmosphère unique. Victor Hugo a donné une dimension symbolique à sa maison où les références à ses écrits, à sa philosophie et à sa vision du monde sont omniprésentes.
Le visiteur en fait l’expérience par le parcours qui le conduit de l’ombre du rez-de-chaussée à la lumière du dernier étage.

Le rez-de-chaussée

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Le vestibule

  • Pièce d’entrée, le vestibule est le manifeste de la maison. Passage entre la nature et l’architecture, il se présente comme une pergola avec son papier peint panoramique recouvrant le haut des murs et le plafond.

Sur les côtés, des panneaux de bois découpés ont d’abord encadré une tapisserie d’aspect médiéval qui conduisait au « portail Notre-Dame de Paris ». Supporté par une colonne, celui-ci est formé du cadre sculpté par Antoine Rivoulon pour son tableau de 1833 inspiré du roman de Victor Hugo, flanqué de deux impostes de verres bosselés placés dans des bois découpés. Vers 1863, alors que Hugo décore « Hauteville II », la nouvelle maison de Juliette Drouet, avec qui il entretient une relation de plus de cinquante ans, il remplace la tapisserie par des stores chinois peints et peut-être aussi par le tapa des îles Fidji.
Après restauration, cette pièce, qui avait perdu une grande partie de son aspect ancien, a retrouvé son état d’origine. Le papier peint décoloré a été remplacé par un nouveau toujours fabriqué à l’identique permettant de retrouver l’effet de pergola avec ses couleurs et ses détails foisonnants.

  • Sur la droite, le billard présente des portraits de famille et les dessins de la célèbre série des « souvenirs » de ses voyages. Il ouvre sur le salon de tapisserie, aux tentures encadrées de chênes, où est dissimulé l’ancien cabinet de photographie. On parvient ensuite à la serre (atelier et jardin d’hiver). Victor Hugo a fait construire en 1858 une extension en ossature bois sur deux niveaux occupée au rez-de-chaussée par son atelier et au premier étage par un jardin d’hiver. L’ossature est adossée à la maison et au mur de clôture du jardin. Couverte de feuilles de verre comme une serre traditionnelle, cette verrière a été profondément remaniée par la suite dans les années 1950 avec une conception qui s’avère aujourd’hui préjudiciable et nécessite la dépose en conservation et le remontage de cette partie du bâtiment.

D’un point de vue historique et patrimonial, cela a permis de rétablir l’avant-corps dans les dispositions visuelles que lui donna Victor Hugo (modification de la verrière, réouverture des fenêtres coulissantes en façade sud, restitution de la structure en bois dans son intégralité, etc.) et, sous l’aspect technique, de lui conférer l’étanchéité et la solidité nécessaires pour accueillir le public dans le respect des contraintes règlementaires applicables.

  •  Le couloir aux faïences, aux murs et plafond couverts des porcelaines, reconduit au vestibule d’où l’on accède à la salle à manger avec ses murs de carreaux de Delft encadrés de boiseries.

Le premier étage

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Deux grands salons, rouge et bleu, au décor somptueux de chinoiseries où l’écrivain et sa famille recevaient leurs invités. Les deux salons du premier étage formaient l’espace de réception de Hauteville House, somptueusement décoré et largement ouvert sur le jardin et la mer par un balcon filant. Leur couleur respective, bleu et rouge, rappelait la disposition du Palais Masserano à Madrid, où Hugo séjourna enfant.

  • Le salon rouge

Ce spectaculaire salon rouge évoque l’atmosphère des grands drames romantiques de Victor Hugo. Tendu de damas cramoisi, il est orné de quatre lumineuses tapisseries brodées en perles de jais. La lumière s’accrochait aussi sur la soie chinoise blanche aux broderies colorées qui tapissait la porte et formait un lambrequin au-dessus de la cheminée. Celle-ci est le point d’orgue du salon avec sa construction théâtrale de socles sur lesquels des « figures » de bois doré portent des torchères agencées par Hugo. Couronné par un dais, le foyer y est serti comme un bijou.
Du fait de l’usure naturelle de la soie, le damas avait disparu et a été plusieurs fois remplacé. Son dessin d’origine ayant été retrouvé dans les archives de la maison Pierre Frey, il a pu être retissé à l’identique en étalonnant la couleur sur des fragments retrouvés. Les broderies chinoises sur soie couleur ivoire de la porte et du lambrequin de la cheminée, très dégradées ou disparues ont été redessinées d’après les éléments subsistant et les photographies anciennes puis rebrodées par Lesage Intérieurs. Elles permettent de rendre au salon ce contraste lumineux, blanc et coloré, qui avait disparu.
Spectaculaire aussi, la restitution du grand lustre d’éclairage au gaz qui avait été remplacé lors de l’électrification de la maison. Les grandes portes de laques rouge et or ont aussi été restaurées de même que la plupart des éléments mobiliers et des sièges. Cette pièce qui constituait l’une des priorités de cette campagne retrouve ainsi le lustre et l’apparence qu’elle avait lorsqu’elle sortit de l’imagination de Victor Hugo et qu’il lisait à ses proches les pages qu’il venait d’écrire.

  • Le salon bleu

Une rénovation complète du salon bleu ne pouvait être envisagée durant cette campagne. Seules des interventions ponctuelles ont été menées : la restitution du lustre d’origine, la restauration du guéridon de laque et de nacre et le changement du revêtement de sol.

Le deuxième étage

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  • La galerie de chêne, pièce hiératique aux allures de cabinet de travail et de chambre dans un décor d’inspiration renaissance, pose la réflexion de l’homme face à l'exil. Sur le palier de la bibliothèque s’ouvre cette vaste pièce qui occupe toute la façade sur jardin. Conçue pour être l’appartement de Victor Hugo, elle réunit chambre et cabinet de travail. Assemblage de boiseries, de tapisseries anciennes et de cuir orné de clous de cuivre, cette galerie déploie tout un symbolisme opposant le jour et la nuit, la lumière et l’ombre, le travail et le rêve, la vie et la mort. Pourtant cette pièce, sans doute la plus spectaculaire de la maison, n’a pratiquement jamais été utilisée par l’écrivain. La continuité du décor hugolien, conçu comme un tout, avait été perdue avec la disparition du revêtement de sol et des trois scènes de la vie de la Vierge, d’une tapisserie du XVe siècle, vendue avant la donation de la maison et aujourd’hui conservée au Musée de Cluny (Paris). Celle-ci a été restituée par impression numérique. Un travail a été mené avec l’entreprise Ege carpet pour recréer une moquette d’après les premières photographies. Des opérations de consolidation sur les cuirs ont été réalisées et la patine des meubles palie par la lumière du côté des fenêtres a été rééquilibrée.
  • Sur le palier du même étage, la bibliothèque contient des ouvrages que le poète a choisi de laisser dans sa demeure d'exil. Elle offre un passage symbolique vers le 3e étage.

Le troisième étage

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  • L’antichambre

Située sous le toit, cette pièce fut le premier cabinet de travail de Victor Hugo qui, dès 1856, transforme une partie des combles du dernier étage dont il fait son espace réservé. Il y écrivit la première partie de La Légende des siècles et Les Misérables. Les parois mansardées et les divans qui courent à leurs pieds étaient recouverts d’un feutre imprimé à motif de treillage de bois et de fleurs, le plafond tendu d’une brocatelle jaune d’or. L’adjonction de bibliothèques vitrées et le feutre devenu lacunaire sur les sofas avaient fait perdre à la pièce son aspect d’origine et ce sentiment d’enveloppement dans un nid de verdure, que l’on perçoit sur la photographie d’Edmond Bacot prise en 1862. Cette pièce, symboliquement importante, devait bénéficier d’une rénovation complète lui redonnant l’aspect original qu’elle avait perdu. La carte des îles anglo-normandes utilisée par Victor Hugo pour la rédaction des Travailleurs de la mer a été restaurée, mais pour d’évidente raison de conservation, elle est remplacée ici par un fac-similé dans le cadre d’origine ; de même que le dessin « Ecce Lex » (Le Pendu), protestation contre la peine de mort, qui depuis Jersey a toujours été accroché dans le cabinet de travail du poète.

  • La chambre

Aménagée sous les toits comme une cabine de navire, ouvrant sur la colline et la mer par un look-out (verrière) cette chambre fut utilisée par Hugo jusqu’en 1865. Elle était à l’origine presque sans meuble : un lit escamotable, une chaise, un cabinet de laque sur une étagère, une table à écrire placée à l’occasion. En 1864, il ajoute des panneaux de bois gravés et peints comme ceux qu’il réalise pour « Hauteville II », la maison de Juliette Drouet, sur les portes triangulaires dissimulant sa toilette et un placard, ainsi qu’au bas des portes vitrées.
Pour cette pièce, les interventions se sont limitées à des restaurations des éléments mobiliers et de deux petits panneaux peints, tandis que des consolidations et des retouches légères ont été faites pour les grands panneaux de l’histoire de la princesse et du chevalier.

  • Le look-out

Victor Hugo poursuit l’aménagement du dernier étage entre 1861 et 1862 en faisant construire sur le toit, une pièce entièrement vitrée qu’il appelle le look-out, dans le prolongement de son cabinet de travail qui en devient alors l’antichambre. Le look-out est devenu l’emblème de la maison, le lieu par excellence de l’écriture. Face à la mer, sur des tablettes amovibles Hugo écrira certains de ses chefs-d’oeuvre : Les Travailleurs de la mer, L’Homme qui rit, Théâtre en liberté.
Des canapés à étages, recouverts de tapis turcs, y dissimulent la pente du toit, un soubassement et un poêle de faïence, quelques miroirs, en constituent tout l’ameublement. En 1864, Hugo y ajoute une frise et des panneaux gravés et peints.
Exposé aux fortes variations climatiques, cet espace et ses décors ont été très altérés au fil des années par l’humidité et la lumière et présente des problèmes structurels qui nécessitait une réponse globale.
Plus encore que son antichambre le look-out est devenu la pièce emblématique de l’écrivain à Hauteville House. Les infiltrations et le soleil en avait en très grande partie dégradé le décor ; la réfection complète de la structure permettait de travailler sur les décors. Le revêtement mural du même motif que l’antichambre a été restitué. Les sofas retapissés de tapis turcs et les miroirs restaurés. Une autre opération spectaculaire a été de restituer la polychromie des panneaux gravés et peints qui ornaient les bas des portes ainsi que la frise qui courait à la base de la verrière. Ce travail s’est appuyé sur d’infimes restes de couleurs dans le creux des gravures et sur la comparaison avec les panneaux du décor de Hauteville II, la demeure de Juliette Drouet, aujourd’hui conservés place des Vosges.

Le jardin

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  • Le jardin

Le rêve de Victor Hugo est un jardin sauvage : celui des Feuillantines de son enfance qui lui inspire le jardin de Hauteville, lui-même faisant écho à celui de la rue Plumet dans Les Misérables.
Dès l’achat de la maison l’écrivain fait réaliser des aménagements dans le jardin. Il y installe un bassin avec la « Fontaine aux serpents » provenant de la place Royale et un banc maçonné pour regarder le rivage de France. Ces deux éléments hautement symboliques deviennent les points de mire du jardin, où l’on se fait photographier.
En 1869 une tempête a renversé l’allée des figuiers sous laquelle Victor Hugo avait écrit Torquemada. Après cet événement l’écrivain redessine le jardin. Une nouvelle tonnelle de quatre figuiers ponctue désormais le potager où pousse un peu sauvagement les asperges et les crambes (choux maritimes) dont Victor Hugo parle. L’écrivain avait planté le 14 juillet 1870 le « chêne des États-Unis d’Europe » aujourd’hui plus que séculaire et fragile.
Les photos d’époque témoignent de l’exotisme du jardin. C’est dans cet esprit que le jardin vient d’être redessiné avec des nouvelles plantations. Les camélias, plantés par Victor Hugo pour cacher la serre mais qui depuis quelques années bouchaient aussi les superbes vues « vers la France », ont été retaillés. Avec un peu de patience on retrouvera au travers des branches l’horizon et les côtes si chères et si essentielles au maître des lieux.