Le confinement avec Victor Hugo

Pendant cette période d'isolement nous vous proposons de prendre l'air marin de Guernesey et de suivre au jour le jour les travaux d'aménagements de Hauteville House au travers des carnets de Victor Hugo

20 mai 1858 :
“La nouvelle de la mort de Mme la dsse d'Orléans m’est parvenue ce matin de cette façon assez mystérieuse :- on m'apporte un petit journal illustré de Londres, le Town-Talk, que je ne reçois pas d'ordinaire. Je l'ouvre au centre il y avait une caricature sur Bonaparte, et en marge de cette caricature. J'ai lu ces deux lignes écrites au crayon : " la duchesse d’Orléans (Hélène) est morte ce matin 19 - on fait courir le bruit que le scélérat du 2 10bre l'a fait empoisonner."
"a. L. M."
c'était une noble femme.( je ne crois pas à cet empoisonnement) qui est cet A. L. M. ?”

Un grand nombre des ouvrages présents dans la bibliothèque de Hauteville House fut envoyé au poète par des admirateurs et des amis. Plus rares sont ceux qui lui furent adressés anonymement comme cet exemplaire du journal londonien, le Town-Talk daté du 15 mai 1858. Le mystère du mot qui annonce à Victor Hugo le décès voire l’assassinat sur ordre de Napoléon III, de la duchesse d’Orléans, Hélène de Mecklembourg-Schwerin, reste à élucider.

 

19 mai 1858

« en écrivant ceci, 9 h. 1/2 du matin, je vois de ma fenêtre fumer le bateau à deux cheminées où Ribeyrolles va partir. (Ribeyrolles, voulant s’épargner l'émotion du départ, a demandé qu'on ne l'accompagnât pas à l'embarquement.) il part à dix heures moins dix minutes. »


 [Carnet de Victor Hugo du 1er octobre 1857 au 12 mars 1859, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13448]


Le 19 mai 1858, Victor Hugo salue une dernière fois un compagnon d’exil, Charles Ribeyrolles. Journaliste républicain originaire du Lot, Charles Ribeyrolles fuit la France pour Londres dès 1849 et s’installe à Jersey en 1851 où il se lie d’amitié avec Victor Hugo et s'implique au sein de la communauté de proscrits. En 1855, il publie dans L'Homme, journal des proscrits dont il est le rédacteur en chef, un article qui lui vaut d'être expulsé de Jersey. Il séjourne à Guernesey à plusieurs reprises et devient alors un ami intime de la famille Hugo. En 1858, il s'embarque pour le Brésil où il meurt emporté par la fièvre jaune à l'âge de 48 ans. Enterré loin de sa patrie, sa tombe située à Rio de Janeiro porte toujours l’épitaphe composée par Victor Hugo :  

              

« À CHARLES RIBEYROLLES.

Il accepta l'exil; il aima les souffrances;
Intrépide, il voulut toutes les délivrances;
Il servit tous les droits par toutes les vertus;
Car l'idée est un glaive et l'âme est une force,
Et la plume de Wilberforce
Sort du même fourreau que le fer de Brutus »

14 mai 1857 la salle à manger et inaugurée

Décor de la salle à manger de Hauteville II, maison de Juliette Drouet à Guernesey. Le panneau figure un chinois de caricature,attablé et bon vivant. Le titre du panneau inscrit "Shu-Zan" évoque de manière humoristique la cuisinière de Victor Hugo, Suzanne. 
“Inauguration de la salle à manger. ont dîné avec nous six de la famille : Terrier - Ribeyrolles - Guérin - Duverdier - Preveraud - Kesler - Cahaigne - Lefèvre, proscrits français. Mesdames Duverdier, Preveraud. Mesdemoiselles Allix, Nicolle, Loysel. M. Marquand rédacteur de la Gazette de Guernesey, M. Talbot, anglais, rédacteur du Star.”

La salle-à-manger joue un rôle essentiel dans la vie familiale et sociale des Hugo. La réalisation de son décor complexe où s’exprime sa pensée politique et philosophique semble accaparer l’énergie du poète dans la première année des travaux. Dès le 14 mai 1857, la pièce peut ainsi être inaugurée par la famille entourée des amis la plupart proscrits et deux représentants de la presse locale. À partir de 1862, Victor Hugo conviera autour de sa table les enfants pauvres de l’île à venir déjeuner à Hauteville House.

 11 mai 1870

“11. on me juge en ce moment à Paris, et par conséquent on me condamne, je me suis mis pendant ce temps-là à dessiner le cadre sur lequel j'ai écrit parmi des feuilles, des fleurs et des oiseaux :

 

Passereaux et rouge-gorges, 
Venez des airs et des eaux,
 
Venez tous faire vos orges,

 Messieurs les petits oiseaux,

Chez Monsieur le petit Georges.

[Carnet de Victor Hugo du 1er juin 1869 au 15 août 1870, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13468]

 

Cité la veille devant les tribunaux de l’Empire pour être l’auteur d’un manifeste opposé au plebiscite, Victor Hugo est, le 11 mai 1870, tout occupé à préparer Hauteville House à fêter la première visite de ses petits-enfants Georges (1 an) et Jeanne (8 mois) -enfants de Charles Hugo (1826-1871) et d’Alice Lehaene (1847-1928).

 

 

En ce 8 mai, nous célébrons le « Jour de la Libération en Europe ».

Fondamental dans l’esprit de Victor Hugo, le principe de liberté est souvent affiché à Hauteville House à l’image de ce poème gravé sur un mur de la salle à manger.

« Le peuple est petit mais il sera grand.

Dans tes bras sacrés, ô mère féconde.

Ô Liberté sainte au pas conquérant,

Tu portes l’enfant qui porte le monde. »

 

7 mai 1858

"Tom a commencé le 2e corps de bibliothèque près ma porte.”

 [Carnet de Victor Hugo du 1er octobre 1857 au 12 mars 1859, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13448]

Le 7 mai 1858, la bibliothèque de Hauteville House est en cours de construction par Thomas Gore et James Mac Donald. Située sur le palier du second étage, elle forme un long couloir ouvrant sur l’escalier conduisant au cabinet de travail de Victor Hugo. Ses vitrines renferment plus de 3000 ouvrages aux sujets les plus variés.

 

Le 6 mai 2020 Un bestiaire sculpté dans le mobilier d'Hauteville House inspiré par ceux du Moyen Age que l'on retrouve dans Notre-Dame de Paris.  

« Qu’on se figure une série de visages présentant successivement toutes les formes géométriques, depuis le triangle jusqu’au trapèze, depuis le cône jusqu’au polyèdre ; toutes les expressions humaines, depuis la colère jusqu’à la luxure ; tous les âges, depuis les rides du nouveau-né jusqu’aux rides de la vieille moribonde ; toutes les fantasmagories religieuses, depuis Faune jusqu’à Belzébuth ; tous les profils animaux, depuis la gueule jusqu’au bec, depuis la hure jusqu’au museau.

Qu’on se représente tous les mascarons du Pont-Neuf, ces cauchemars pétrifiés sous la main de Germain Pilon, prenant vie et souffle, et venant tour à tour vous regarder en face avec des yeux ardents ; tous les masques du carnaval de Venise se succédant à votre lorgnette ; en un mot, un kaléidoscope humain. »

[Notre-Dame de Paris, Livre Premier, V – Quasimodo]

 Le 5 mai 1858 “Le salon de tapisserie et l'antichambre sont terminés.”

Le 5 mai 1858, Victor Hugo note l’avancée des travaux dans Hauteville House. Le salon de tapisserie situé au rez-de-chaussée est terminé ainsi que l’aménagement dans les combles, de l’antichambre du look-out, cabinet de travail du poète. Meublée alors d’une petite table basse sur laquelle furent écrites des oeuvres telles que la Légende des siècles, la pièce contraste du reste de la maison par la simplicité de son décor.

L’antichambre ouvre encore en 1858, sur un toit terrasse sur lequel Victor Hugo fait bâtir quelques années plus tard, une serre vitrée dite cristal-room.


4 mai 1869

« -le 1er n° du Rappel nous est arrivé. »
[Carnet de Victor Hugo du 1er mai 1867-31 mai 1869, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13466]

En ce 4 mai 1869, Victor Hugo reçoit le tout premier numéro du Rappel, journal quotidien créé par ses deux fils, Charles et François-Victor, et trois proches. Il devient dès sa première publication, une tribune pour les opposants les plus radicaux au Second Empire. Il permet également au poète de persévérer dans sa critique du régime de Napoléon III. Une lettre de l’écrivain est d’ailleurs publiée en tête du premier numéro, témoignant de l’inlassable volonté de l’exilé :
« […] Le Rappel. J’aime tous les sens de ce mot : Rappel des principes, […], rappel du peuple à la souveraineté, […], rappel de l’égalité, par l’enseignement obligatoire ; […] Voilà notre tâche ; moi je dis : Voilà votre œuvre. »

 

30 avril 1869

 “Les lilas sont en fleurs.-Vu ce soir la première chauve-souris.”
[Carnet de Victor Hugo du 1er mai 1867 au 31 mai 1869, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13466]

L’observation de la nature est une part importante du quotidien de Victor Hugo. Ainsi le 30 avril 1868 lit-on cette mention dans le carnet du poète.
Du symbole funeste de la poésie romantique à celui bienheureux de la philosophie orientale, la chauve-souris compte parmi les animaux les plus représentés dans Hauteville House.

29 avril 2020

La famille et les amis de Victor Hugo sont les véritables compagnons d’exil du poète. Les animaux domestiques ont aussi leur place à Hauteville House à l’image des chiens Chougna, Lux, Sénat, Clichy, Marquis et des chats Grisette (ou Grise) et Mouche.
« L’animal ne peut mal faire parce qu’il ne pense pas. Les monstres de la nature sont esclaves de la matière et innocents ; les monstres de l’humanité sont coupables parce qu’ils sont libres. Néron commet des crimes ; un tigre n’en commet pas. »

[Victor Hugo, Océan, “Philosophie Prose”, 1840-1845]

28 avril 1859

“J'ai donné à Mauger les indications pour recouvrir le look-out du jardin.”
[Carnet de Victor Hugo du 1er mars 1859 au 22 octobre 1860, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13449]

Le 28 avril 1859, Victor Hugo fait couvrir le petit pavillon situé dans son jardin, près de la serre. Aujourd’hui disparu, ce “look-out” (ou vigie) offrait une vue dégagée sur la mer et l’archipel des îles anglo-normandes. Aux beaux jours, il accueillait les repas familiaux.

 

25 avril un point sur les restaurations et restitutions de décor effectués à Hauteville House

Aujourd'hui la restitution du papier peint du vestibule de Hauteville House

Pièce d’entrée, le vestibule est le manifeste de Hauteville House. Il symbolise le passage entre la nature et l’architecture, avec son papier peint panoramique à « décors chinois » recouvrant le haut des murs et le plafond. Car, fidèle à son désir de s’approprier tout objet en le détournant de sa fonction initiale, Victor Hugo décide de poser les dix lés de papier, non pas sur les parois du vestibule, mais de les séparer par moitié pour les disposer face à face, à cheval sur le haut des murs et le plafond.
Il note dans son agenda, à la date du 3 mai 1858 : Mauger a commencé à coller le papier de l’Inde dans le vestibule.

Si certaines œuvres de Hauteville House, telles les torchères du salon rouge,  nécessitaient une intervention de restauration minimale - dans le respect de leur histoire et notamment de l’intervention de Victor Hugo - d’autres, comme le papier peint du vestibule, ne pouvaient pas être conservées in situ dans de bonnes conditions de conservation.
La dégradation progressive du papier, fortement oxydé et décoloré, était irréversible, il a donc été décidé de le déposer et de le remplacer par un papier identique, toujours fabriqué en Alsace, à Rixheim, depuis 1834, par Zuber, la plus ancienne manufacture de papier peint encore en activité.

Restauration antérieure :
Une restauration avait déjà eu lieu en 1992, car les lés de papier peint présentaient :
    • des déchirures
    • une oxydation généralisée, due au taux d’humidité particulièrement élevé sur l’île de Guernesey et à l’acidité des murs
    • une perte de la couche pigmentée constituant le fond : les pigments organiques du papier original avaient  totalement disparu, il ne subsistait que les teintes végétales bleues et vertes
    • des moisissures. 
Les lés du plafond et du mur nord-est avaient donc été démontés et collés sur 13 panneaux en gatorfoam® (panneau en sandwich léger et extrêmement rigide composé d’un noyau en polystyrène expansé rigide, pris entre deux surfaces en résine imprégnée) afin de les isoler des parois acides.
Les lés du mur sud-ouest n’avaient pas pu être démontés.

Intervention de restitution en 2018-2019 :
L’intervention de restitution du papier peint, confiée à la restauratrice spécialisée en arts graphiques Paulina Muñoz del Campo, s’est effectuée en trois  temps : l’aller-voir à Hauteville House du papier peint panoramique avant sa dépose, le montage des nouveaux lés de papier peint à l’atelier de la restauratrice, puis leur mise en place à Hauteville House, en mars 2019.

Aller-voir à Hauteville en janvier 2018:
La restauratrice a effectué un aller-voir à Hauteville House en janvier 2018, avant la dépose des anciens lés de papier peint, afin de vérifier les mesures de l’emplacement des panneaux et des calages ainsi que des systèmes de fixation nécessaires pour le panneau destiné au mur sud-ouest (afin d’isoler et préserver les lés de papier peint qui n’avaient pas pu être démontés).
Les anciens lés montés sur panneaux de Gatorfoam  ont ensuite été déposés par Martin Lloyd, restaurateur guernesiais spécialisé en mobilier et objets en bois, en avril 2018. Ils sont à présent conservés dans les réserves externalisées de Paris Musées, à Saint-Denis.

Montage des lés en atelier :
Afin d’en faciliter la pose, les lés de papier peint ont été montés sur trois panneaux de Kapamount : un pour chaque mur et un pour le plafond. Le Kapamount,  habituellement utilisé dans le domaine de la publicité est un matériau très léger, constitué d’une âme en mousse recouverte d’une face d’aluminium et de l’autre de papier cartonné.
Son utilisation a permis de limiter le nombre de panneaux, tout en assurant la pérennité du nouveau papier peint, grâce au revêtement d’aluminium par-vapeur qui fait barrière contre l’humidité et l’acidité des murs. Une feuille de complexe d’aluminium, Valsem, fixée entre le panneau cartonné et les lés de papier peint renforce encore la protection du papier.

Montage in situ en mars 2019 :
En mars 2019, la restauratrice Paulina Muñoz del Campo, assistée d’une équipe d’installateurs de la société de transport d’œuvres d’art LP Art, a effectué la pose des panneaux, fixés aux murs le long des bords latéraux avec des vis masquées par les encadrements de bois chantournés dont la forme avait été dessinée par Victor Hugo.
Grâce à la restitution du papier peint Zuber dans toute sa fraîcheur et l’éclat de ses couleurs, le vestibule a retrouvé son aspect de pergola recherché par Victor Hugo.

 

24 avril 1858 

“Mauger a restauré la N.D. de Rivoulon”

[Carnet de Victor Hugo du 1er octobre 1857 au 12 mars 1859, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13451]

Trois jours après avoir mis en place les deux verrières sur le porche d’entrée du vestibule de Hauteville House, Victor Hugo confie le 24 avril 1858, au menuisier Peter Mauger, la restauration du cadre sculpté central signé par l’artiste Antoine Rivoulon. Réalisé en 1832, il appartenait à Victor Hugo avant son exil et contenait une toile peinte illustrant des scènes du roman Notre-Dame de Paris (1831). Le poète sépare la toile de son cadre pour intégrer ce dernier dans le décor de sa maison.

Il est richement orné de statuettes représentent Quasimodo, Esmeralda et Phoebus, parmi d’autres personnages du roman.

 

Aujourd’hui, 23 avril, nous rendons hommage à William Shakespeare (26 avril 1564-23 avril 1616).

“(…) ces colères et ces apaisements, ce Tout dans Un, cet inattendu dans l’immuable, ce vaste prodige de la monotonie inépuisablement variée, ce niveau après ce bouleversement, ces enfers et ces paradis de l’immensité éternellement émue, cet insondable, tout cela peut être dans un esprit, et alors cet esprit s’appelle génie, et vous avez Eschyle, vous avez Isaïe, vous avez Juvénal, vous avez Dante, vous avez Michel-Ange, vous avez Shakespeare, et c’est la même chose de regarder ces âmes ou de regarder l’océan.”
Victor Hugo, William Shakespeare -Partie I, livre premier, II


22 avril 1859

“J'ai peint le cadre de sapin du miroir long du petit escalier.”
[Carnet de Victor Hugo du 1er mars 1859 au 22 octobre 1860, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13449]

Ce miroir est situé dans l’étroite cage d’escalier menant du palier bibliothèque, au second étage, vers les combles de Hauteville House. Victor Hugo peint sur son cadre le 22 avril 1859, les motifs de fleurs et d’animaux et signe, en bas à gauche “Victor Hugo Guernesey 1859”. Ce cadre est réalisé dans le goût de ceux qu’il peint la même année pour ses dessins constituant la série dite des “souvenirs” qui étaient exposés dans le salon du billard.


« 21 avril. les deux verrières des deux côtés de N.D. sont terminées »
 [Carnet de Victor Hugo du 1er octobre 1857 au 12 mars 1859, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13448]
 
L’annotation « N.D. » du 21 avril 1858 fait référence au porche dit de « Notre-Dame de Paris » qui se trouve dans l’entrée de Hauteville House. Réalisée entre 1858 et 1859, cette structure est un hommage au roman historique Notre-Dame de Paris (1831) écrit par le jeune Victor Hugo. Fait de bois, de plâtre, de verre et orné de statues, le porche rappelle le style gothique auquel le poète est attaché. Les « deux verrières » sont ici composées des nombreux « œils-de-bœuf » récupérés suivant la fabrication du verre en couronne.
L’ensemble représente le frontispice de Hauteville House comme il en existe un pour la cathédrale de Paris. Supporté par une colonne, celui-ci est formé du cadre sculpté par Antoine Rivoulon pour son tableau de 1833 inspiré du roman de Victor Hugo, flanqué de deux impostes de verres bosselés placés dans des bois découpés.
 
20 avril 1858
.

« 20. Henry a vidé puis rempli le bassin. Charles y a remis les poissons. »
[Carnet de Victor Hugo du 1er octobre 1857 au 12 mars 1859, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13448]

    
« 20th. Henry drained the pond. Charles put all the fish back in. »

Le 18 avril 2020 un point sur les restitutions de décors à Hauteville House en 2018

Aujourd'hui les décors chinois brodés de la porte et du lambrequin de la cheminée du salon rouge de Hauteville House
Autre exemple de restitution spectaculaire, celle des broderies chinoises sur soie couleur ivoire de la porte et du lambrequin de la cheminée : très dégradées ou disparues, elles ont été redessinées d’après les éléments subsistant et les photographies anciennes, puis rebrodées par Lesage Intérieurs.

 

Décor brodé du dessus de porte du salon rouge :
Visible sur les photographies les plus anciennes du salon rouge, le décor en soie chinoise brodée de la porte a été découpé et posé sur l'imposte chantournée dessinée par Victor Hugo, ainsi que sur les deux vantaux, dès la première phase d’aménagement de la maison. En effet, Victor Hugo note dans son agenda à la date du 15 avril 1858 : "Tom Gor a fini de draper la porte du salon rouge." Si, à l'origine, toute la porte était drapée de la même soie, seule celle de l'imposte subsistait lors de la donation de Hauteville House à la Ville de Paris en 1927.
Le croquis de Victor Hugo provenant d’un carnet d’ébauches pour la décoration de Hauteville House, conservé à la Maison de Victor Hugo (inv. n° 1393 f° 39), offre un premier projet de décor pour la porte du salon rouge.
Le décor de cette porte est proche de celui visible encore aujourd’hui. L’importance du choix des couleurs, le blanc et le rouge, est soulignée sur le dessin de Victor Hugo par ses nombreuses annotations. Ainsi, la porte se détachait en blanc sur le fond de damas rouge qui couvrait le mur.
Le satin de chine blanc, oxydé et décoloré, avait été remplacé en 1971 par un nouveau tissu de la maison Brocard, de couleur jaune pâle et le décor brodé avait fait l’objet d’une restitution simplifiée.
Le choix d’un fond jaune avait été guidé par la couleur actuelle du dessus de porte original complètement jauni par l’oxydation de la soie.
Déposé et archivé place des Vosges, il a servi à reconstituer le dessin le plus finement possible et à étalonner les couleurs de la broderie de substitution du dessus de porte réalisée par la maison Lesage.
Décor brodé du lambrequin de la cheminée du salon rouge :
Le décor brodé du lambrequin qui ornait la cheminée du salon rouge, très lacunaire, oxydé et décoloré lui aussi, avait été déposé de son support d’origine par la maison Brocard en 1971, puis reposé sur un fond de couleur jaune pâle identique à celui de la porte.
Déposé en 2018, il a fait, lui aussi, l’objet d’une magnifique restitution par la maison Lesage intérieurs.

 

Intervention de Lesage Intérieurs :
Support de broderie : soie blanc ivoire
Broderie redessinée d’après le décor brodé original.
Travail préparatoire à la borderie :
Les motifs sont définis grâce à des dessins sur calque. Le calque est ensuite percé sur l’ensemble du dessin et transféré sur le tissu de fond, la soie blanc ivoire, pour servir de base de contour aux broderies.
Les coloris sont réalisés à la gouache.
Fils employés : Soie Ovale de Chine provenant du ver à soie de fabrication française et du filé métal coloris vieil or, posé à l’aiguille pour les parties où ce filé apparaît clairement ou logiquement sur les photographies anciennes.

Points de broderie :
- Contour des sujets : broderie au crochet à la main pour définir les zones de remplissage.
- Broderie de remplissage des sujets : boderie à la main, à l’aiguille au passé plat et passé empiétant pour l’ensemble du travail de remplissage à l’identique des techniques de broderies chinoises des XVIIIème et XIXème siècles.
- Broderie au filé d’or : pose à l’aiguille d’un filé métal de coloris vieil or d’après les éléments encore visibles, technique propre à la broderie chinoise de cette époque.
La réalisation de ce projet a été confiée à une équipe de douze brodeurs de l’atelier Vastralaka, à Madras, au savoir-faire exceptionnel.
La restitution des décors brodés de la porte et du lambrequin de la cheminée a permis ainsi de rétablir le contraste lumineux, blanc et coloré du salon rouge, que l’on avait oublié.

Le 17 avril 1867, Victor Hugo envoie à son éditeur belge Albert Lacroix, l’avant dernier chapitre de son introduction au Paris-Guide
“J’ai envoyé à M. Lacroix à Bruxelles la partie IV (Fonction de Paris) de la préface du livre Paris”
[Carnet de Victor Hugo du 1 janvier 1866 au 30 avril 1867, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13464]
Pendant trois jours consécutifs, du 16 au 18, les chapitres sont expédiés de Guernesey pour une parution le 21 mai.
Ce livre écrit à l’occasion de l’Exposition Internationale de 1867, réunit les plus célèbres écrivains, journalistes, historiens et artistes contemporains tels que Alexandre Dumas, Jules Michelet, Viollet-le-Duc, Théophile Gautier, etc. L’introduction confiée à Victor Hugo, est l’occasion pour lui d’affirmer à nouveau sa foi dans le progrès et de formuler sa vision européenne. Cette dernière est symbolisée dans le jardin de Hauteville House par la plantation le 14 juillet 1870, du chêne dit des Etats-Unis d’Europe.

16 avril 1857

« 16- […] remis à Orban pour acheter les tapis turcs  96 »

[Carnet de Victor Hugo du 31 octobre 1855 au 30 septembre 1857, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13446]

Victor Hugo n’hésite pas à demander de l’aide pour l’aménagement de Hauteville House. Au-delà de sa famille, ses compagnons d’exil sont également mis à contribution à l’image d’Orbán Bálazs, le 16 avril 1857. Né en Transylvanie, Orbán Bálazs (1829-1890) soutient l’insurrection hongroise de 1848 contre les Habsbourg mais est forcé de s’exiler en Turquie. En 1852, il part pour Londres et finit par s’installer à Jersey où il fait la rencontre de Victor Hugo. Homme érudit et polyglotte, Il est régulièrement invité chez le poète français en compagnie de compatriotes hongrois tels que l’homme politique Sándor Teleki ou le violoniste Eduard Reményi. De retour en Hongrie après un passage à Guernesey, il parcourt le Pays sicule, région historique transylvanienne dont il est originaire. De 1862 à 1868, Il recense tous les villages et étudie les moindres recoins de cette province. Il documente son étude à l’aide de la photographie qu’il aurait apprise auprès des deux fils de Victor Hugo, Charles et François-Victor. Devenu homme politique vers la fin de sa vie, il est également nommé à l’Académie des Sciences de Hongrie en 1887.


Le 15 avril 1865
,

le président des États-Unis, Abraham Lincoln, décède suite à l’attaque contre sa personne perpétrée la veille par le conspirateur sympathisant confédéré et pro-esclavagiste, John Wilkes Booth.
La possibilité d’une relation épistolaire entre Hugo et Lincoln a été avancée. Toutefois aucune de ces lettres n’a été retrouvée. Seuls les portraits des deux hommes provenant de leurs collections privées respectives subsistent encore. Ainsi la maison de Victor Hugo à Paris, conserve un portrait du président des États-Unis, tandis que la fondation Lincoln, Fort Wayne, Indiana, conserve un portrait du poète.
Quelques mois avant le décès d’Abraham Lincoln, en mars 1865, Victor Hugo recevait à Guernesey, une paquet envoyé par le gouvernement des Etats-Unis, contenant une série de livres. Ces livres, non identifiés, comptent probablement toujours parmi les ouvrages conservés dans la bibliothèque de Hauteville House.

14 avril 1860

“Remis à M. Duverdier pour la caisse de secours sur l’argent Lacour 100 fr. (il me reste 100 francs à verser)”
[Carnet de Victor Hugo du 1er mars 1859 au 22 octobre 1860, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13449]

Pendant l’exil, Victor Hugo fait très souvent référence dans ses carnets à une caisse de secours à laquelle il verse régulièrement  des sommes d’argent destinées à venir en aide aux proscrits et à leurs familles. L’argent est remis par l’intermédiaire d’un proche de Victor Hugo comme ici, le 14 avril 1860, à Edouard Guillaume Bonnet-Duverdier (1824-1882). Ce républicain, proscrit de France en 1849, trouve refuge à Jersey où il fonde une famille en épousant Henriette Nicolle, née sur l’île. Pendant son séjour à Jersey, il fonde avec Charles Ribeyrolles, le journal des proscrits, “L’Homme”. Le 17 octobre 1855, il signe la déclaration de Victor Hugo qui lui vaut d’être expulsé de Jersey. Il trouve refuge à Guernesey et s’installe à proximité de Hauteville House où lui et sa famille sont fréquemment reçus. En 1863, il retourne s’installer à Jersey mais reste proche de la famille Hugo à laquelle il continue de rendre visite avec son épouse, sa fille, Marguerite.
À son retour en France en septembre 1870, il reprend ses activités politiques et siège avec l’extrême-gauche à la Chambre des députés.

9 avril 1859 “Jean termine l’ajustement du grand lit.”
[Carnet de Victor Hugo du 1er mars 1859 au 22 octobre 1860, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13449]

Le 9 avril 1859, le lit situé dans la galerie de chêne de Hauteville House est presque terminé. Il n’est toutefois achevé que quelques mois plus tard, en septembre, avec les poses de l’inscription sur sa tête des trois mots : NOX MORS LVX (nuit mort lumière) et du bi-front, pommeau de canne offert en 1843 à Victor Hugo par le sculpteur James Pradier. Comme la plupart des meubles de Hauteville House, ce lit monumental a été créé à partir des morceaux récupérés sur d’autres meubles chinés sur l’île de Guernesey ou ailleurs. Il réunit ainsi par exemple : un devant de coffre représentant le Sacrifice d’Abraham placé à son pied ; divers panneaux de bois sculptés anglais dans le gout des XVIe et XVIIe siècles sur son ciel ; jusqu’à sa tête entourée de façades de tiroirs.

8 avril 1862

"4e dîner des petits enfants pauvres. Ils étaient 15. Un passait pieds nus dans la rue. Je l’ai appelé. Cela a fait 16. »
[Carnet de Victor Hugo du 22 octobre 1862 au 31 décembre 1862, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13451]

En 1862, Victor Hugo institue le diner des enfants pauvres. Chaque semaine, une douzaine d’enfants dans le besoin est invitée par le poète à manger un repas à base de viande. Organisés dans un souci d’améliorer la condition physique de ces jeunes convives, les repas seront maintenus jusqu’en 1870, date du retour de Victor Hugo en France. Le poète n’hésitera pas à convier ces mêmes enfants à Hauteville House lors des célébrations de Noël, en les réunissant autour du sapin et à les couvrir de cadeaux tels que des vêtements et des jouets. Relayé par la presse locale et internationale, cette « bonne action fraternelle » comme le souligne Victor Hugo ne se limite pas aux enfants pauvres car le poète « n’invite personne mais ses portes sont ouvertes à tous ».

7 avril 1859

On a posé les transparents chinois du salon de tapisserie. »

[Carnet de Victor Hugo du 1er octobre 1857 au 12 mars 1859, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13451]

 

Dès le début de l’année 1858, Victor Hugo aménage le salon de tapisserie à Hauteville House. Le 7 avril, il fait ajouter sur l’imposte de la porte menant à l’atelier, deux papiers de riz insérés entre deux plaques de verre. L’imposte met en avant le caractère éclectique du décor présent à Hauteville House et l’intérêt de Victor Hugo pour les jeux de lumière et de transparence. La lumière provenant de l’atelier met en effet en valeur les couleurs des personnages.

L’homme représenté ici est Zhong Kui, dieu protecteur dans les contes traditionnels chinois. L’histoire raconte qu’après son suicide, Zhong Kui serait apparu dans les rêves de l’Empereur de Chine sous la forme d’un démon chassant un autre. Au 19e siècle, son portrait apparait parfois sur les portes, comme à Hauteville House.

 

6 avril 2012 

Naissance de Alexandre Ivanovitch Herzen, écrivain russe

« La République est tombée, égorgée à la corse par des brigands, par la tromperie et par traîtrise […]. Le coup d’Etat du 2 décembre, comme les journées de Juin, n’a pas de drapeau, il n’a que son nom, une police rebelle, des soldats ivres, des généraux soudoyés ». C’est en ces mots que le philosophe et écrivain russe exilé Alexandre Ivanovitch Herzen décrit le Coup d’Etat de 1851. Né le 6 avril 1812 à Moscou, le « père du socialisme russe » partagera certaines idées avec Victor Hugo et correspondra avec lui alors que ce dernier est en exil à Guernesey. Alexander Herzen envoie au poète français de nombreux ouvrages et notamment trois volumes dédicacés de « Byloe i dumy » traduit sous le titre « Le monde russe et la révolution » que Victor Hugo jugera de « beau et bon livre ». Les deux démocrates et farouches opposants à l’autoritarisme se rencontrent à Bruxelles en 1869, six mois seulement avant le décès de l’auteur russe.

4 avril 2019

Cela fait 1 an jour pour jour que #HautevilleHouse rouvrait ses portes après 18 mois de restaurations et de restitution de décors d'une grand ampleur. Pour fêter cet anniversaire nous vous faisons partager la restauration  des torchères du salon rouge, élément décoratif emblématique du Salon. L’atmosphère du salon rouge rappelle le grand théâtre romantique de Victor Hugo. La cheminée en est le point d’orgue, avec sa construction spectaculaire de socles sur lesquels des statues de bois doré portent des torchères. Comme la plupart des objets de ce décor baroque, ces statues ornaient l’appartement parisien de Victor Hugo, rue de la Tour d’Auvergne (où Victor Hugo réside d’octobre 1848 à décembre 1851, date de son exil pour Bruxelles). Victor Hugo les fait venir à Guernesey dès 1856 pour reconstituer son univers et les intègre probablement au début de l’année 1857 au décor de la cheminée du salon rouge. Datées du milieu du XVIIIe siècle, ces sculptures portaient initialement un flambeau qui a été coupé à hauteur de la main, sur laquelle Victor Hugo a ajouté un bougeoir qu’il a inversé et sur lequel il a soudé un élément de balance. Cette manière de détourner les objets de leur fonction première est typique de Victor Hugo, on la retrouve dans l’ensemble des décors de Hauteville House. Ces statues ont fait l’objet d’une intervention de restauration in situ, à Hauteville House en juin 2018 par le restaurateur spécialisé en bois doré, Jean-Pierre Galopin. Elles présentaient des zones fragilisées par le passage ancien d’insectes xylophages ainsi que des pertes d’adhérence des apprêts, à base de colle protéique de peau de lapin chargée de craie et des pertes de matière. La dorure originale  apparaissait parfois très usée. Victor Hugo avait fait recouvrir la totalité des surfaces dorées d’un épais verni brunâtre (à l’effet bronze- orangé parfois), qu’il fabriquait lui-même, composé d’une gomme végétale teintée ou chargée d’un pigment naturel. Malheureusement, ce vernis a par endroit fortement réticulé.

« On trouve un aspect de matière superficielle qui n’est pas commun, qui bouscule les pratiques du restaurateur, explique Jean-Pierre Galopin, le premier réflexe serait de supprimer tout ce qui n’appartient pas à l’objet pour retrouver la matière originale, mais dans ce cas, la démarche est bien plus complexe : il s’agit de préserver l’histoire de ces œuvres en préservant la touche réalisée par Victor Hugo ».
L’intervention sur les statues a été réduite au minimum, sans dégagement de dorure, le but n’étant pas de retrouver la dorure d’origine mais de conserver l’intervention de Victor Hugo.
Jean-Pierre Galopin s’est donc limité à un dépoussiérage et nettoyage, une consolidation des zones fragilisées par les attaques d’insectes xylophages, un refixage des apprêts soulevés ou lacunaires puis une intégration des lacunes de patine, pour une meilleure lisibilité du décor, par l’application d’un lavis d’aquarelle très léger.

3 avril 1859

J’ai lu à ma femme et à mes enfants le Satyre. Guérin y était.” 

[Carnet de Victor Hugo du 1er mars 1859 au 22 octobre 1860, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13449]

La lecture des oeuvres qu’il vient de composer à sa famille et à ses proches, fait figure d’événement dans la journée des exilés. Ainsi le 3 avril 1859, Victor Hugo lit à son épouse Adèle et à ses enfants, sa fille Adèle et ses deux fils, Charles et François-Victor, ainsi qu’à leur ami proscrit, Théophile Guérin, son poème Le Satyre, composé pour La Légende des siècles. La composition de cette épopée en vers parue pour la première fois en 1859, coïncide en grande partie avec la construction du décor de Hauteville House avec lequel elle partage de nombreuses références. 

 

2 avril 1862

“Envoi des deux premiers livres de la 4e p[artie] 5-10”

[Carnet de Victor Hugo du 22 octobre 1860 au 31 décembre 1862, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13451]

L’année 1862 est non seulement celle de la publication des Misérables mais elle marque également la fin des travaux dans Hauteville House. Les carnets du poète alternent entre les mentions de l’achèvement des travaux et de son oeuvre comme ici le 2 avril 1862 avec l’envoi à son éditeur en Belgique de l’ ”Idylle rue Plumet et l’Epopée rue Saint-Denis”. C’est en effet la même année qu’il termine la construction sur le toit de la maison, de sa “chambre de verre”, serre/cabinet de travail ouvert sur l’océan, d’où un puits de lumière -au tambour peint et signé par Hugo- éclaire la cage d’escalier située en dessous car après tout : “Revenons à ce cri : Lumière ! et obstinons nous-y ! Lumière! Lumière! (…)” 

Victor Hugo, Les Misérables, 3ème partie, Livre I, XII-L’avenir latent dans le peuple.

1er avril 1803

Sir Peter Stafford Carey nait  à Guernesey,  ancien professeur de l’University Collège de Londres.
Il entre au barreau en 1839 et devient juge dans la ville de Dartmouth entre 1836 et 1845. En 1845, il est nommé bailli 
de Guernesey et devient alors président de la Cour Royale de Justice ainsi que modérateur lors des délibérations des États de Guernesey. En récompense de ses bons et loyaux services, il est fait Chevalier par la reine Victoria en novembre 1863. Victor Hugo le reçoit à Hauteville House le 1er janvier 1870 pour célébrer la nouvelle année. Les deux hommes se rencontreront à plusieurs reprises avant que Victor Hugo ne quitte Guernesey pour la France en septembre de la même année.

 


Mardi 31 mars 2020

 

“J’ai fait pour la première fois mes ablutions dans la toilette tiroir du look-out.”

[Carnet de Victor Hugo du 1er mars 1859 au 22 octobre 1860, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13449]

 

Victor Hugo inaugure le 31 mars 1859, la cuvette pour la toilette placée dans un tiroir escamotable installé sous la pente du toit dans sa chambre. C’est en effet au dernier étage de sa maison, sous les combles que le poète aménage sa véritable chambre à coucher et son cabinet de travail. Curieux des recherches médicales de son temps notamment en matière d’hygiène corporelle, il réunit dans cette petite pièce ouverte sur le jardin et la mer et qu’il appelle le look-out (la vigie), les éléments de confort qui lui semblent essentiels : un petit lit bas, une table sur laquelle écrire et une cuvette dans laquelle faire ses ablutions.

Cinq années plus tard, il dissimulera ce tiroir par un panneau peint par lui. Ce panneau fait partie d’un diptyque et figure la fin du conte où le prince victorieux du dragon, offre ses têtes coupées à la princesse qui se dresse devant lui.

http://www.maisonsvictorhugo.paris.fr/fr/oeuvre/grands-panneaux-du-dragon

 

 

 

 

 

30 mars 1863

 Philippe Asplet rend visite à Victor Hugo à Guernesey en compagnie d’Adolphe Pelleport, journaliste et poète français.

Il fréquentera Victor Hugo et sa famille tout au long de l’exil du poète

 

Victor Hugo note dans ses carnets le départ de MM. Asplet et Pelleport

[Carnet de Victor Hugo du 1er janvier 1863 au 12 juin 1864, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13456]

 

Philippe Asplet est un centenier (officier de justice) né à Jersey en 1818. Favorable aux nombreux proscrits français, italiens, hongrois et polonais installés à Jersey, il ne cesse de prendre leur défense face aux pressions du Lieutenant-Gouverneur de Jersey, Frederick Love, qui juge leur présence comme un trouble à l’ordre public. Suite à l’article du journal L’Homme écrit en soutien aux trois exilés expulsés de Jersey pour avoir critiqué la reine Victoria, Victor Hugo et les 35 autres signataires sont, à leur tour, forcés de quitter Jersey à la fin du mois d’octobre 1855. Philippe Asplet se fait alors conspuer dans les rues de Saint-Hélier, "coupable" d’avoir apporté son soutien aux fauteurs de trouble. En signe de gratitude, les proscrits lui offrent un album photographique contenant 71 portraits et 26 dédicaces autographes.
L’album est conservé à la Maison Victor Hugo à Paris (
http://parismuseescollections.paris.fr/fr/maison-de-victor-hugo/oeuvres/album-philippe-asplet#infos-principales). Victor Hugo offre également ses œuvres complètes à sa filleule Anna-Alice-Adèle Asplet, fille du centenier. 

27 mars 1869

Où l'on parle de reliure

Victor Hugo avait soin de conserver les manuscrits de ses oeuvres. Pour ce faire, il confia à des artisans installés à Guernesey comme Wardley & Arnold ou Henry Turner (https://www.priaulxlibrary.co.uk/articles/article/henry-turner-and-dreyf...) la reliure des manuscrits de plusieurs de ses ouvrages comme les Les Misérables, Les Travailleurs de la mer, Les Chansons des rues et des bois, L’Homme qui rit ou bien encore William Shakespeare auquel il fait ici mention le 27 mars 1869. Tous ces ouvrages ont été légués par Victor Hugo à la Bibliothèque Nationale de France où ils sont aujourd’hui conservés. (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b60009298.r=william%20shakespeare%20victor%20hugo?rk=21459;2)

 “Turner a rapporté le manuscrit de William Shakespeare relié. prix de la reliure 20f”

[Carnet de Victor Hugo du 1er mai 1867 au 31 mai 1869, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13466]


Victor Hugo confie à Arnold en 1866, la réalisation d'une reliure similaire pour les deux volumes du Grand dictionnaire historique, ou mélange curieux de l’histoire sacrée et profane (1863) par Louys Moréri, ouvrage de référence à l’écriture de ses oeuvres.

 


Le 26 mars 1824 naissait Julie-Victoire Daubié à Bains-les-Bains (Vosges) la première femme française à obtenir le baccalauréat en 1861.

Elle se distingue par son combat pour l’éducation des femmes et leur accès à l’enseignement supérieur. Elle devient en 1871 la première licenciée ès Lettres à la Sorbonne alors même que les cours sont interdits aux femmes. La même année, elle fonde l’« Association pour l’émancipation progressive de la femme ». Julie-Victoire Daubié avait déjà publié La Femme Pauvre au XIXe siècle en 1866. Ce mémoire portant sur les moyens d’améliorer la condition féminine reçu le prix du concours de l’Académie impérial de Lyon. Victor Hugo possédait l’ouvrage en trois tomes, dont l’un dédicacé par l’auteure elle-même…

« Monsieur Victor Hugo
Hommage de très haute admiration
 
J V Daubié

 

Aujourd’hui, 25 mars 2020, célébrons nous aussi l’oeuvre de Dante Alighieri (1265-1321). 

Comme Victor Hugo dans ce poème

Quand le poëte peint l’enfer, il peint sa vie ;
Sa vie, ombre qui fuit de spectres poursuivie ;
Forêt mystérieuse où ses pas effrayés
S’égarent à tâtons hors des chemins frayés ;
Noir voyage obstrué de rencontres difformes ;
Spirale aux bords douteux, aux profondeurs énormes ,
Dont les cercles hideux vont toujours plus avant
Dans une ombre où se meut l’enfer vague et vivant !
Cette rampe se perd dans la brume indécise ;
Au bas de chaque marche une plainte est assise,
Et l’on y voit passer avec un faible bruit
Des grincements de dents blancs dans la sombre nuit.
Là sont les visions, les rêves, les chimères ;
Les yeux que la douleur change en sources amères ;
L’amour, couple enlacé, triste et toujours brûlant,
Qui dans un tourbillon passe une plaie au flanc ;
Dans un coin la vengeance et la faim, soeurs impies,
Sur un crâne rongé côte à côte accroupies ;
Puis la pâle misère, au sourire appauvri ;
L’ambition, l’orgueil de soi-même nourri,
Et la luxure immonde et l’avarice infâme, 
Tous les manteaux de plomb dont on peut se charger l’âme !
Plus loin, la lâcheté, la peur, la trahison
Offrant des clefs à vendre et goûtant du poison ;
Et puis, plus bas encore, et tout au fond du gouffre
Le masque grimaçant de la Haine qui souffre !
Oui, c’est bien là la vie, ô poëte inspiré !
Et son chemin brumeux d’obstacles encombré
Mais, pour que rien n’y manque, en cette route étroite,
Vous nous montrez toujours debout à votre droite
Le génie au front calme, aux yeux pleins de rayons, 
Le Virgile serein qui dit : Continuons !

Victor Hugo, Les Voix intérieures -XXVII APRÈS UNE LECTURE DE DANTE.

 


Les années ont passé depuis l’écriture de ce poème mais l’admiration de Victor Hugo pour Dante Alighieri, ne cesse de s’exprimer pendant son exil à Guernesey. Dans Hauteville House, il grave sur la cheminée du salon de tapisserie, le nom de Dante parmi ceux des génies de l’humanité.

Où tout finit, Dante commence.” écrit-il à la même époque dans son William Shakespeare (1864).

 

24 mars 1864

“j’ai peint des fleurs et un blason sur le banc d’Amsterdam.”
[Carnet de Victor Hugo du 1er janvier 1863 au 12 juin 1864, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13456]

Sur ce banc qu’il achète quelques années auparavant à Amsterdam, Victor Hugo peint, le 24 mars 1858, les deux fleurs et l’aigle bicéphale que l’on voit ici. Par son style rococo l’objet trouve naturellement sa place dans les salons de réception, rouge et bleu, situés au premier étage de Hauteville House.

 

23 mars 1858

“pose de l’oeil de boeuf doré.”
[Carnet de Victor Hugo du 1er octobre 1857 au 12 mars 1859, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13448]

L’installation par le menuisier Thomas Mauger Gore, d’un oeil de boeuf sur le palier du premier étage de Hauteville vient apporter un peu de lumière à la salle d’eau qui se cache derrière la porte, au bout du palier. Quelques jours plus tôt, la tapissière Marie Turpin tend le palier d’une brocatelle rayée bleue et jaune. Il faut toutefois attendre le mois de novembre pour que la lampe tulipe offerte à Victor Hugo par son ami, Paul Meurice, vienne compléter l’ensemble.

 

22 mars 1858
“Tom Gor et James ont posé l’encadrement de l’embrasure de la fenêtre du salon d’en bas.”
[Carnet de Victor Hugo du 1er octobre 1857 au 12 mars 1859, Bibliothèque Nationale de France, BNF NAF 13448]

Victor Hugo écrit cette phrase dans son carnet le 22 mars 1858. Les travaux battent alors leur plein dans la maison d’exil de Victor Hugo à Guernesey.
Il s'agit du salon de tapisserie situé au rez-de-chaussée.
Thomas Mauger Gore est l'un des principaux artisans menuisiers ayant collaboré avec le poète à la réalisation du décor de Hauteville House. Il est assisté dans sa tâche par James MacDonald

Pour le premier jour du printemps samedi 21 mars 2020, voici un extrait du poème de Victor Hugo, Mon jardin, décrivant le jardin de sa maison d’exil à Guernesey, Hauteville House.

Dans le gazon qu’au sud abrite un vert rideau,
On voit, des deux côtés d’une humble flaque d’eau
Où nagent des poissons d’or et de chrysoprase,
Deux aloès qui font très bien dans une phrase ;
Le bassin luit dans l’herbe, et semble, à ciel ouvert,
Un miroir de cristal bordé de velours vert ;
Un lierre maigre y rate un effet de broussaille ;
Et, bric-à-brac venu d’Anet ou de Versailles,
Pris à l’antre galant de quelque nymphe Echo,
Un vase en terre cuite, en style rococo,
Dans l’eau qui tremble avec de confuses cadences,
Mire les deux serpents qui lui tiennent lieu d’anses,
Et qui jadis voyaient danser dans leur réduit
Les marquises le jour, les dryades la nuit.
(…)

Victor Hugo, Dernière gerbe -XVIII MON JARDIN