Exposition Ecrire c'est dessiner au Centre Pompidou-Metz

Etel Adnan, Rihla i lâ Jabal Tamalpaïs [Voyage au mont Tamalpaïs] (détail), 2008  © Etel Adnan  © Centre Pompidou-Metz / Béatrice Hatala
du 6 novembre 2021 au 21 février 2022 découvrez la poésie de l’écriture et sa proximité avec le dessin, à travers de spectaculaires trésors de la Bibliothèque nationale de France ou de l’Institut du monde arabe, confrontés à des œuvres d’Etel Adnan, Pierre Alechinsky, Louise Bourgeois ou Cy Twombly mais aussi aux manuscrits de Victor Hugo, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine ou Marguerite Yourcenar. Un parcours fascinant au cœur des langues et de leur écriture !

Écrire, c’est dessiner rassemble sur son initiative une constellation d’êtres et de pensées, une forêt de signes et de gestes, une collection de papiers et d’encres, et se présente comme un voyage dans les écritures. Près de quatre mille ans séparent le plus ancien et le plus récent de ces témoignages. L’art, le quotidien, la littérature, la poésie et le sacré se côtoient et se confondent au gré de récits, de supports et de signes. Certains artistes et écrivains sont proches d’Etel Adnan, ou ont été admirés par elle, d’autres lui étaient inconnus avant l’exposition. Toutes ces feuilles choisies partagent une fragilité propre au  papier, une « apparente fragilité », précise Etel Adnan, que ce dernier soit peau (parchemin, vélin), fibre ancienne (papyrus, liber d’agalloche) ou pulpe moderne. Elles appartiennent souvent au domaine de l’intime, du privé, et leur échelle est à la mesure de la main qui avance sur le  papier, de la lettre qui s’envoie ou du livre qui s’empoche. Elles semblent échapper à la monumentalité, pourtant leur intimité sait se déployer de manière spectaculaire : l’ensemble Azur de Nancy Spero mesure près de quatre-vingt-six mètres de longueur, un leporello d’Etel Adnan  fermé peut tenir dans la main et se dérouler sur près de dix mètres lorsqu’il est intégralement déplié. Etel Adnan avait un rêve en tête : « Il faudrait faire une exposition où l’on regarde les manuscrits comme des tableaux. » Elle se rappelle avec beaucoup de sensibilité comment l’arrivée d’une lettre était autrefois – il n’y a pas si longtemps – un événement considérablement plus éloquent que la réception d’un courriel. Selon l’écriture, le choix de la langue, la couleur de l’encre, l’utilisation de la feuille ou de l’enveloppe même, le destinataire pouvait déjà pressentir l’état d’esprit de son correspondant. L’humeur, le caractère ou l’âge étaient autant de facteurs faisant évoluer la graphie, informations que les claviers ont fait disparaître. « Un jour, un ami m’a écrit : "Je m’inquiète beaucoup à ton sujet, ton écriture s’est modifiée au fil de ta lettre" », raconte Etel Adnan, « si nous perdons l’écriture, nous perdons une grande part de connaissance. Parce qu’écrire, comme dessiner, est un art. Et nous perdrons également ce que nous avons à dire, car, au-delà de l’alignement des mots qu’il contient, un texte manuscrit reflète un état  psychologique ». D’une tablette d’argile remontant aux origines de l’écriture à une oeuvre éphémère de street art, en passant par un rouleau japonais, des talismans asiatiques ou éthiopiens et de nombreux manuscrits d’écrivains, l’exposition rassemble diverses écritures autour des oeuvres d’Etel Adnan. Toutes se retrouvent offertes à notre regard à travers trois cabinets qui rythment le parcours de l’exposition.

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