Votre visite avec… Eugène de Mirecourt

Victor Hugo, 1855On entrait chez Victor Hugo par une immense antichambre donnant sur la place Royale.Cette antichambre conduisait à une sale à manger tendues de tapisseries de haute lisses et pleine de bahuts antiques. Le poêle se trouvait dissimulé derrière une splendide panoplie, dont vingt siècles semblaient avoir été tributaires. La flèche du soldat franc, la framée du Germain, s'y croisaient avec le glaive des légions romaines; le yatagan de l'Arabe y fraternisait avec nos vieilles arquebuses, nos mousquets à mèche et la hache d'armes du chevalier.De cette pièce on passait dans le grand salon, tendu de rouge, avec une merveilleuse tapisserie dont le sujet avait été tiré du Roman de la Rose.En face s'élevait une large estrade, sur laquelle était un divan, recouvert d'une espèce de dais. Au fond se déployait un étendard rouge brodé d'or, pris, en 1830, à la casbah d'Alger.Victor Hugo est le premier qui nous ait rendu le gout des beaux ameublements historiques.Son salon de la place Royale avait un caractère grandiose, qui faisait prendre en pitié les étroites cellules ou l'avare maçonnerie parisienne nous claquemure. Deux grands portraits en pied représentant, l'un madame Hugo, l'autre son époux, avait été suspendus là par Louis Boulanger*, peintre de la famille et ami de la maison. Le talent de l'artiste leur donnait une expression si naturelle et si vivante, qu'ils semblaient prêts à descendre de leur cadre gothique pour vous saluer et vous faire accueil.Non loin de là se trouvait le précieux tableau de Saint-Evre, envoyé a Victor Hugo par le duc d'Orléans.Au bout d'un long corridor, comme il y en avait jadis dans les cloîtres, on arrivait à la chambre à coucher, puis au cabinet de travail, admirable muséum d'objets d'art de toute sorte. Le jour y entrait par une fenêtre en ogive, garnie de vitraux peints, ce qui jetait une lumière étrange et fantastique sur les fauteuils de chêne sculpté, les tentures à haut ramage, les laques, les grès, les statuettes, le vieux Sèvres....* Le second est en fait d’Auguste de Chatillon