Votre visite avec… Charles Dickens

Lettre à Lady Blessington,  le 27 janvier 1847… On reprend Lucrèce Borgia de Victor Hugo, à la Porte Saint Martin ; mais c’est joué platement, le rythme est monotone, alors que c’est une pièce vraiment remarquable et impressionnante. Nous étions chez lui dimanche  dernier. Un endroit absolument extraordinaire, tenant du magasin d’antiquités, ou du magasin des accessoires d’un vieux théâtre vaste et sombre. J’ai été très frappé par Hugo lui-même, qui a l’air d’un Génie, qu’il ne doit pas manquer d’être, et qui est franchement intéressant de la tête aux pieds. Son épouse est une belle femme aux yeux noirs flamboyants, qu’on sent capable d’instiller une goutte de poison dans son petit déjeuner si le cœur lui en dit. Sur le même modèle, il y a sa fille de quinze ou seize ans, aux yeux tout aussi perçants, et forts peu couverte au-dessus de la taille, que je soupçonnerais de cacher un poignard sous son corset si elle donnait l’impression d’en porter un… Assis parmi de vieilles armures, de vieilles tapisseries, de vieux coffres, de vieilles tables et des fauteuils sinistres, de vieux dais d’apparats venus de vieux palais, de vieux lions en or prêts à jouer aux quilles avec de vieilles et lourdes boules en or, ils formaient un spectacle des plus romantiques, et semblaient tout droit sortis d’un chapitre de Hugo lui-même…